On sent une tendance parmi les "makers" qui n'est pas nouvelle : une tendance liée au marketing et au principe KISS (Keep It Simple Stupid). Cette tendance pousse à simplifier les choses de prime abord pour l'usager... et comme par hasard, çà passe aussi par une "refermeture" des ressources libres et une perte de contrôle technique... Mais çà n'est pas "ambiance Fablab" tout çà !

Ce qui fondamentalement a fait naître les fablabs, ce sont les activités de hacking (au sens bidouille) de quelques uns au fond d'un garage, qui ont développé simultanément une compétence technique et des ressources logicielles libres.

Les fablabs et hackerspaces ont pu naître et se développer grâce à cela : ayant connaissance de ce que d'autres avaient fait à l'autre bout du web et disposant des ressources libres utilisées, il a été possible de faire pareil à moindre coût et presque sans budget.

Alors oui, çà veut dire apprendre des éléments techniques, çà veut dire "mettre les mains dans le camboui"... mais çà donne le plaisir immense d'avoir fabriqué et monté soi-même une machine numérique.

La véritable plus value est cependant ailleurs : cela veut surtout dire que l'on est monté en compétences, que l'on sait faire des choses que l'on ne savait pas au départ. A tel point que lorsque quelqu'un me dit : "J'ai monté une imprimante 3D et je l'utilise", cela reflète quoiqu'il en soit un certain niveau technique.

Si on veut formaliser çà, on peut dire que parmi les makers il y a plusieurs niveaux :

  • les makers "newbies" ou consommateurs : des utilisateurs des ressources existantes
  • les makers "intermédaires" : ceux qui ont monté typiquement une imprimante 3D ou une machine numérique, un robot et donc ont des compétences en électronique programmée, en mécanique, en modélisation, etc.
  • les makers "experts" : ceux qui ont conçu ou adapté une machine / un projet et ont maîtrisé les aspects techniques qui vont avec.

Tout çà pour dire que le but n'est pas dans un fablab d'en rester à l'étape du maker "newbie" ou consommateur... et donc à tous ceux qui proposent des machines et des interfaces "One button" avec lesquelles on n'apprend plus rien, je dis "non merci" !

Ceci ne veut pas dire que la complexité doit être un impératif, évidemment ! Et d'ailleurs, de ce point de vue les logiciels libres n'ont pas à rougir : l'usage de base est intuitif et peu complexe après une rapide prise en main. Mais refuser pour autant de transmettre et d'apprendre les bases techniques qui rendent autonome, ce n'est pas l'esprit fablab !

Le piège est plus subtil qu'il n'y paraît : souvent cette simplification va s'accompagner de la fermeture des logiciels associés, de l'électronique, des pièces 3D/2D de la machine, etc. Normal, c'est une approche marketing à la base...

Enlever Arduino, Pronterface, Gnu/Linux, Slic3R, les Repraps... et que reste-t-il dans un fablab ? Pour un fablab, renoncer aux ressources libres, c'est comme renoncer à ce qui vous a donné naissance et c'est la perte de la reproductibilité par tous au passage.

Donc, en clair, une machine dont on n'a pas connaissance du fonctionnement interne, dont on n'a pas le plan de l'électronique, dont on n'a pas le firmware disponible et modifiable, dont les pièces mécaniques spécifiques sont fermées et dont les logiciels de contrôle ne sont pas ouverts... et bien cette machine, elle reste dehors ! Pourquoi ? Et bien parce que à par dire "Appuie sur le bouton !", elle ne permettra aucun apprentissage, aucune modification ou adaptation, aucune reproduction simple, etc.

Voilà ce que devrait être l'esprit fablab si on veut qu'il dure car c'est l'esprit qui a fait émerger les fabs.

Et pour conclure, un adage du maker : "Lorsque le maker ne sait pas, le maker apprend !" et son corrélatif : "Le maker n'est pas plus bête qu'un autre : si les autres l'ont fait ou compris, le maker doit aussi pouvoir le faire."

En bon philosophe, çà donne : "Faire grandir l'être plutôt que l'avoir"... et même "Faire grandir l'être par le faire, plutôt que l'avoir".

Article précédent Article suivant